Contrechamps

8. Breaking News #2

Jeudi 22 février 2018 – 19h
Studio Ernest-Ansermet, Genève

Note de programme

Le programme du concert ainsi que la distribution des musiciens ont été définis en fonction de l’actualité immédiate.

John Cage
Radio Music
pour un à huit musiciens avec chacun une radio (1956)

Micheline Coulombe Saint-Marcoux
Horizon II
pour hautbois solo (1981)

Morton Feldman
Durations III
pour tuba, violon et piano (1961)

Matthew Shlomowitz
Fast Medium Swing
pour piano solo, trois instruments et sampler (2008)

Alvin Lucier
Heavier than Air
for any number of players with carbon dioxide filled balloons (1999)

Anne Gillot intervenante
Brice Pauset intervenant
Béatrice Laplante hautbois
Serge Bonvalot tuba
Antoine Françoise piano
Maximilian Haft violon

Billag or not Billag

Il est de ces initiatives qui ont le pouvoir fulgurant de caractériser tout l’esprit d’une époque – le cas échéant avec un temps de retard. Alors que le monde anglo-saxon se détourne de l’idéologie du libre marché et ouvre à nouveau les yeux sur les avantages certains de l’économie réelle, voire administrée, les pays européens au sens large (Suisse incluse) ont pris goût aux potions amères du libéralisme économique dans sa version déboutonnée et à l’énoncé implacable : n’a droit de cité que ce qui est rentable.

On remarque assez vite que des pans entiers de la vie humaine sont rétifs à la notion de rentabilité : quelles sont les maladies dont le traitement représente un gain économique préférentiel (et tant pis pour les autres) ? Combien coûte l’air que nous respirons (et accessoirement comment tirer profit de ses différentes variantes polluées ou non ?) Une œuvre d’art possède-t-elle une valeur propre ou est-elle au contraire soumise à un processus de valorisation qui lui est étranger ? À titre d’exemple, Vincent van Gogh a vendu en 1890 (l’année de sa mort – il était temps) une toile pour 400 francs de l’époque, soit au cours actuel 1484,57 francs. Son Portrait du Docteur Gachet s’est vendu en mai 1990 82,5 millions de dollars, ou 77,5 millions de francs suisses au cours actuel, ce qui représente une multiplication par 52’223,7 de la valeur nominale d’une toile comparable à celle vendue un siècle plus tôt. Faut-il en tirer la conclusion que la valeur de l’essence intrinsèque d’une œuvre d’art puisse varier dans des proportions aussi extravagantes et si oui, quelle est la théorie économique pouvant nous expliquer ces variations d’un point de vue rationnel ?

Pour revenir au plus près de l’idéologie sous-jacente à No Billag, le souhait pour chaque individu de dépenser de l’argent dans le strict périmètre de son utilité immédiate est le meilleur moyen de revenir à l’état de nature, c’est-à-dire à la loi du plus fort et accessoirement du plus offrant. L’état de nature transmuté en société n’est pas un spectacle très beau à voir. C’est bien pourtant le fondement de l’initiative No Billag, arrimée tout sourire à la théorie économique qui a spectaculairement échoué depuis le milieu des années 1980 : la théorie néoclassique de la finance, dite aussi néolibéralisme.
Est-ce que la culture en général (et les conditions de sa diffusion démocratique en particulier) est un bien de consommation comme les autres ? Après tout, des valeurs qu’on pensait devoir soustraire aux dictats du marché (l’eau, nos organes, nos identités génétiques) sont désormais commercialisables à loisir.

Et c’est vrai qu’il n’y a rien de tel qu’une culture dominée par le chiffre pour installer une autocensure efficace : le marché n’aime pas trop une culture trop encline à la réflexion critique, et il montre assez bien les flamboyants résultats de son action lorsqu’une situation politique lui laisse la bride libre. À titre d’exemple, le panorama culturel italien de l’ère postberlusconienne tient plus de la ruine fumante que de l’apport culturel étincelant.
Un des arguments du marché pour une culture laissée à elle-même consiste à faire miroiter les effets forcément bénéfiques de la concurrence libre et non faussée. Manque de bol, ici aussi, la réalité invalide la théorie néoclassique et montre que la mise en concurrence s’accompagne toujours d’une forte homogénéisation de la production, tous secteurs confondus.
Profitons donc de cette période d’attente et de flottement pour assister à un programme tout entier centré, à des titres divers et à travers des dispositifs variés, à une critique en règle de la rentabilité.

Brice Pauset

Prise de position - Contrechamps dit NON à No Billag

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Médiation
Discussion après-concert – 20h
Le public est invité à partager ses impressions et discuter du programme avec les musiciens à l’issue du concert.

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5 fr. tarif carte 20 ans / 20 francs
5 fr. tarif préférentiel
(élèves FEGM, étudiants HEM, étudiants en musicologie de l’Unige)

Studio
Ernest-Ansermet

Passage de la Radio 2, 1205 Genève
Tél. : +41 (0)58236 36 36

Accès
Arrêt Bus/Tram
Musée d’ethnographie : 2, 19
École-Médecine : 1, 32

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