
Sur deux poèmes de Christophe Marchand-Kiss
Commande d’État
Pour cette pièce j’avais demandé à Christophe Marchand-Kiss d’écrire deux poèmes à partir d’un guide ornithologique. La pièce parcourt un itinéraire qui consiste à aller de l’instrument à la nature. Sa trajectoire est donc exactement l’inverse de celle d’En découverte, elle pourrait en être le négatif. Si la musique tente d’imposer au début son rythme aux poèmes, c’est finalement l’inverse qui se produit à la fin avec les cris d’oiseaux retranscrits (en italique dans les poèmes de Christophe Marchand-Kiss).
Conjointement, les gestes sonores au départ constitués d’« archétypes » musicaux (gammes ascendantes, descendantes, notes répétées) revêtent peu à peu des morphologies empruntées aux chants d’oiseaux. Le matériau harmonique suit lui aussi une évolution parallèle. Il obéit d’abord aux contraintes gestuelles pour s’inspirer à la fin de modèles acoustiques de sons naturels. Ce parcours allant de l’intérieur vers l’extérieur est explicite lorsque la pièce est jouée en concert, puisque la situation de départ, celle du concert, dérive progressivement vers une situation (plus « écologique ») où les chanteuses jouant des appeaux dialoguent avec des chants d’oiseaux enregistrés.
La pièce est dédiée à Christophe Marchand-Kiss
Christophe Marchand-Kiss
des oiseaux
pour Jean-Luc Hervé
Soprano 1
des vitres baissées : noms d’oiseaux
des monades célibataires
– avis aux amateurs
noms d’oiseaux : l’oiseau ne profère
pas il chante : cu-i-cu-i
noms d’oiseaux : pour une aile froissée
jabot crêpé des cols blancs
– un coup dans le bréchet
un coup dans le croupion
fable désenchantée
c’est en haut qu’ça passe –
en haut ! pas d’oiseau, pas d’aile,
pas de virage : un ciel
bleu, bleu, rien d’autre : pas d’oiseau.
rien, en haut, des oiseaux :
bec assez court, petite tête : des oiseaux.
tête ronde et longue queue : des oiseaux.
court de bec, alerte : des oiseaux.
près des vagues, à vol glissant : des oiseaux
grand, plus lourd : c’est en haut !
grand, plus lourd : la becquée.
bec contre bec : la mêlée.
grognements, caquètements : rauques.
rauques, rentre-leur dedans : kaoueh,
rentrer dedans, police du ciel,
doigt dans l’œil, drôle d’oiseaux.
irrégulière, ligne blanche, irrégulière,
rude constat, au vol, et noms d’oiseaux.
tadornes, bernaches, plongeurs,
va te faire voir : chez les oiseaux.
palmés, longues pattes, patte crevée,
bande d’arrête d’urgence, dire merde
en oiseau : kieurr, soufflements,
grognements, kayak…kayakak,
rugueux et plus bas, plus bas
à vol d’oiseau. cris nasillards,
coups de trompettes, aigus.
keuv bref, pix dur : on démonte.
capoté comme un oiseau, pas d’essuie-glace.
gris sombre, face, nuque, gorge noires :
grand coup : carrosserie d’un oiseau,
petits os, ouist-trac : tic-tic, tac-tac
vocabulaire étendu, kâ kâ kâ kâ kâ.
petits os, crâne pointu, se fout des
coups de tatane, tsrih tsrih.
qui est égarée-très-rare ? tchir-tchir,
tchir-tchir, retchir, les roseaux, enfin,
tcheur effarvatte, tcheur à long bec,
traits saillants et tec tec tec
sous le couvert de quoi et l’aile en longueur.
tec tec tec tec tec tec, te la casser, arrête.
rentrer dans les plumes en tchac tchac
dur en krr krr karra karra
kiètt-kiètt krik sans hâte ou plong !
très longue queue, très agitée et su-itt.
tout à coup, tec et trrrrrr, l’assez ventrue,
bataille d’oiseaux par le prut, le trec,
tsirr, tsi-tsi, dzé-dzé, le chrèè ou khrêêk,
mort de l’oiseau, l’oiseau mort, aïe !
de la carcasse, petit oiseau va sortir,
chairs et civières, baiser d’oiseau familial :
hou hou, en clameurs : kiaou…kiaou,
pouik-kik-kik, pouik-kik-kik plus bas,
strident, moins de rouge au bec.
couitou-viou couitou-viou couitou
couitou-viou coui-toucoui-touviou.
bec sombre, front blanc, pas de noir,
rètch encore rètch encore rètch
encore rètch encore dans des
friches pas cultivées les friches non
rètch : rasant, ébouriffée, la joyeuse
nature, jumbo jet râpe l’air et répète :
thiududu thiududu thiududu
thiududu thiududu thiududu
thiuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu
uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu
uuuuuuuuthiuuuuuuuuuuuuuu
Soprano 2
tsep tchip tsep tchip tsep tchip
tsep what can I do ? rien
tchidoudouk oui rien
et waap doo waap rien
piranga rubra for the birds
mein herr vous avez raison
tsep tchip tsep tchip doooooooor !
tsep tchip here today and gone tomorrow.
damn it krouk comme on fait son nid
tzrihk tzrihk on se cououche oui
komischer kauz l’oiseau : driiiiiii
gut ding inversé à la queue
pit-pit will weile haben ya.
sayornis wellwell tout sombre
sur la tête bombée : capuchon,
dessous blanc partagé fi-bi
par la poitrine bliiii brunâtre,
kikiki suis-je ? oiseau cui sans
cui seltsamer vogel mein herr
oddball américain cui-re-cui.
sierras ? here today kwak-kwak and etc.
toundra découverte et prrrrrrrt
– long prrrrrrrrrrrrrrrrrrrrt fini
parti, fini, casserole et crécelle da.
prrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrt !
bird of ill – – – omen l’oiseau sur la
branche glacé l’oiseau un hiver d’oiseaux
tombés comme ça plong un baiser –
kroa, kraa – d’oiseau-tête-plate,
bonte krai, queue courte, clouclou
clouclouclou, grȧ krȧka, clou-clou
voire gris fauve, sociable la cornacchia.
timbre d’oiseau : dur ils chantent
radadadam des oiseaux : stupides
les oiseaux pour une becquée
pas de vogelgesang becs et ongles
taradadam ! bref, élevé, excité
tchia tchia tchia bon khyak :
tjacatjacatjac tjacatjacatjac
tjacatjacatjac ! l’œil gris pâle tjacat
jacatjac hop gobé dit rien l’oiseau
gobe. unikum de mauvais augure.
tchicadididi waap pi dou waap
dou waap cassandre des marais,
vers crédule et tutti quanti
dans le fruit, le roseau penche,
chêne déraciné vous l’avais bien dit.
pruidjé ah pruidjé hihihihihihihihi
c’est reparti pour un dèrre-dèrre tour.
seul sur sa branche : l’oiseau. ou
encore un tour de chauffe trois tours
quatre tours zioup plong – – – – – éééeee
ce n’est qu’un oiseau sans poisson.
zip et rhâââ et zip comme zip raté.
colomb-béchar-villégiature comment y
parvenir : mourir (ou manger-manger,
s’entendre donner des schimpfnamen,
mourir et manger, manger-manger, zip
boum pan pan creu creu : non (alerte
dernière alerte du tire d’aile élastique :
chronomètre enclenché, drapeau noir,
raoooooouuuuuuuuuuuummmmmmm !
poussez-le le cri. le cri de l’oiseau-phare,
la sirène des bords de mer. poussez-le.
dans le vide bleu ciel, sans vagues,
– poussez-le poussez-le encore –
les ciseaux découpent la queue du
dernier oiseau passé sloiiing
– plus fort, encore plus fort : cui ! –
suivent les contours et repassent
lentement, soigneusement, longtemps
pas de blanc, très longtemps, que du bleu
du bleu du bleu pur un bleu net et uni
sans oiseaux sans amsel drossel sans
noms d’oiseaux sans noms fink und
star fink und star râpent l’air et
répètent fink und star fink und star.