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Kaija Saariaho

 

Leinolaulut pour soprano et piano (2007)

Les Chants de Leino ont été composés sur quatre poèmes choisis dans l’œuvre de Eino Leino, poète finlandais majeur. Au début du xixe siècle, il a été le plus important contributeur à la poésie finnoise, dans des œuvres combinant le symbolisme, la tradition mythologique et les influences de Nietsche à sa propre conception romantique du poète, visionnaire recherchant la vérité.
Ces Chants de Leino ont été composés pour la soprano finlandaise Anu Komsi et sont la première œuvre de Kaija Saariaho sur des textes finnois.

I. Sua katselen
Sua katselen silmin ma huikaistuin
kuni kaunista sateenkaarta,
sua silmäni sulkien muistelen kuin
meren laskija lehtosaarta.

Sua katson ma hiljaa henkien
kuin kuvaa äitini armaan
ja uskon, ett' enkelit lapsuuden
nyt lähellä liikkuvat varmaan.

II. Sydän
1
Sydän, mitä sahaat?
Sahaatko lautaa
neljää, joiden
välissä maata,
maata mun mieluisa on?

Sahaan ma rautaa,
kahleita katkon,
että sun henkesi
vapaa oisi,
henkesi onneton.

2
Sydän, mitä kuiskaat?
Kuiskitko kummaa
polkua päivän,
tunturin tietä,
taivahan tähtiä päin?

Kuiskin ma tummaa
ruonoa Tuonen,
kuiluja, vaivaa
virkkumatonta,
autuutta ylpeäin.

III. Rauha
Mitä on nää touksut mun ympärilläin?
Mitä on tämä hiljaisuus?
Mitä tietävi rauha mun sydämessäin,
tää suuri ja outo ja uus?

Minä kuulen, kuink' kukkaset kasvavat
ja metsässä puhuvat puut.
Minä luulen, nyt kypsyvät unelmat
ja toivot ja toou'ot muut.

Kaikk' on niin hiljaa mun ympärilläin,
kaikk' on niin hellää ja hyvää.
Kukat suuret mun aukeevat sydämessäin
ja touksuvat rauhaa syvää.

IV. Iltarukous
Unta, unta, unta
syvää uinumaan.
Lunta, lunta, lunta
päälle mustan maan.

Yössä, yössä, yössä
öiset linnut lentää.
Työssä, työssä, työssä
lepää tuskat sentään.

Lennä, lennä, lennä
aatos inehmon!
Mennä, mennä, mennä
aika maata on.

 

Chants de Leino

I. Je te contemple
Je te contemple avec des yeux éblouis
comme je contemplerais un bel arc-en-ciel,
j’invoque ton souvenir en fermant les yeux comme
l’arpenteur des mers celui de l’île buissonnante.
Je te regarde et je respire en silence
comme je regarderais un portrait de ma mère adorée,
et je veux croire que les anges de l’enfance
flottent sans doute tout près de nous.

II. Mon cœur

1
Qu’est-ce que tu scies, mon cœur ?
Scies-tu quatre
planches, entre
lesquelles de reposer
de reposer il m’est exquis ?
Je scie du fer,
je romps des chaînes,
afin que ton esprit
soit libre
ton esprit malheureux.

2
Qu’est-ce que tu chuchotes, mon cœur ?
Chuchotes-tu l’étrange
sentier du jour,
le chemin des collines,
qui mène aux étoiles du ciel ?
Je chuchote le sombre
poème de la mort,
les gouffres, le labeur
inexprimable,
la béatitude des orgueilleux.

III. Paix
Que sont ces odeurs autour de moi ?
Qu’est ce silence ?
Que laisse présager la paix dans mon cœur,
cette chose grande, et étrange, et nouvelle ?
J’entends comme les fleurs poussent
et comme les arbres parlent dans la forêt.
Je crois que maintenant mûrissent les rêves,
et les autres espoirs, et les autres germes aussi.
Tout est tellement silencieux autour de moi,
tout est tellement doux et bon.
De grandes fleurs s’ouvrent dans mon cœur
et exhalent une paix profonde.

IV. Prière du soir
Du sommeil, du sommeil, du sommeil,
pour dormir profondément.
De la neige, de la neige, de la neige,
dessus la terre noire.

Dans la nuit, la nuit, la nuit,
les oiseaux nocturnes volent.
Dans le labeur, le labeur, le labeur,
les peines reposent tout de même.

Vole, vole, vole,
pensée de l’homme !
D’aller, d’aller, d’aller
nous étendre il est temps !

Traduction : Aleksi Barrière