Hors piste

Hors piste

 

Bousculer nos habitudes

Ma rencontre avec Contrechamps est le fruit d’heureuses consécutions : après la lecture des incontournables publications des Éditions Contrechamps à l’époque de mes études, j’ai pu assister à des concerts véritablement historiques de l’Ensemble; chemin faisant, mes oeuvres sont entrées au répertoire de l’Ensemble, jouées et rejouées pour ma plus grande satisfaction.

L’activité de compositeur, même tempérée par l’enseignement et l’interprétation, est une tâche incroyablement astreignante et solitaire. Le moment était venu d’oeuvrer aussi pour les autres : les musiciens bien sûr, mais également les compositeurs. La direction artistique de l’Ensemble, alors vacante, semblait relever de cette hypothèse et c’est avec enthousiasme que je me suis engagé dans cette nouvelle mission, pourtant très intimidante.
Une saison consiste à associer de nombreuses contraintes en maintenant l’idée directrice qui était la mienne: rester fidèle à l’identité unique de l’Ensemble tout en ouvrant son répertoire tant du point de vue des nouvelles générations de créateurs que d’horizons musicaux décalés de la tradition occidentale.

Puisse cette saison, la première sous ma direction, constituer le départ d’une nouvelle étape dans le développement de Contrechamps : par la redéfinition des axes trop étroits définis par l’histoire musicale récente, par l’emprunt de chemins laissés en jachère; pour, enfin, «hors piste», dessiner une nouvelle carte de la situation de la création musicale actuelle, plus en accord avec la réalité foisonnante de notre temps et de notre rapport à l’Histoire.
La globalisation peut parfois révéler ses bons côtés : les compositeurs suisses et européens côtoieront ainsi leurs collègues coréens, libanais, kazakhs ou étatsuniens. La génération active des figures confirmées sera confrontée tant à ses modèles tutélaires qu’à la jeune ou très jeune relève, tour à tour éprise de continuité ou plus rebelle à l’ordre normé des choses.

Soucieux de refléter son temps et de le constituer par ses initiatives, l’Ensemble va s’orienter de manière décisive en direction d’un dépassement des strictes délimitations du concert traditionnel : opéras de chambre, danse, nouveaux médiums et interactions inventives feront désormais partie intégrante de l’horizon de chaque saison.

Les neuf programmes dirigés, en grande formation, et les cinq concerts de musique de chambre seront l’objet cette saison d’un renouvellement en profondeur des partenariats genevois — un renouvellement de même ampleur avec des institutions étrangères étant par ailleurs en préparation pour les saisons à venir.

Éxigeante et fascinante, questionnante et éclairante, la multiplicité foisonnante de la musique d’aujourd’hui, par l’ouverture de nos oreilles et le bousculement de nos habitudes peut contribuer à l’émancipation de la pensée et de l’imagination.

Brice Pauset
Directeur artistique

 

Des oreilles éveillées

Cher public,
Qu’est-ce qui vous attend dans la nouvelle saison de l’Ensemble Contrechamps ? Ce sont avant tout dix-neuf musiciens talentueux qui seront au rendez-vous.

Tous différents et très engagés, ils ont chacun des expériences singulières, que ce soit en quatuor à cordes, en composition, en musique improvisée ou ancienne, et ce, en plus du répertoire contemporain. Ces personnalités et ces parcours contribuent à la richesse artistique et à la culture du jeu de l’Ensemble. Je suis très fier d’emprunter, depuis maintenant trois ans, le même chemin que ces musiciens et j’espère pouvoir encore les accompagner longtemps.

Je me réjouis particulièrement de cette première saison conçue par Brice Pauset, notre nouveau directeur artistique. Il a réussi à faire le grand écart entre deux univers. D’une part, une continuité dans la tradition de la musique contemporaine de Schoenberg à nos jours, avec des «sommets musicaux» tels Chronos-Aion de Ferneyhough ou Das atmende Klarsein de Nono, que nous nous réjouissons de gravir ensemble.

D’autre part, un horizon qui s’ouvre à une musique plus récente, avec quantité de noms inattendus et un questionnement : qu’est-ce que la musique d’aujourd’hui ? Contrechamps abordera aussi l'opéra, ce qui me plaît en particulier, car en tant que Kapellmeister du Théâtre de Lucerne, je consacre mon quotidien à ce genre.

La saison écoulée a été l’occasion de belles découvertes : aucun de nous n'avait pensé qu'après la musique microtonale de Marc Sabat et ses trois signes avant chaque note, les huitièmes de ton chez Grisey nous sembleraient d’une facilité presque relaxante. À se demander si par cette altération, le compositeur sous-entend des sixièmes et des neuvièmes de tons. Même les classiques tels Laborintus II de Berio, ou Zwei Gefühle de Lachenmann grouillent de nouvelles idées.

Pour cette richesse toute contemporaine, je vous souhaite à vous, cher public, comme à nous, musiciens, des oreilles toujours éveillées.

Michael Wendeberg
Directeur musical