Ensemble Contrechamps

Le théâtre des affects

 

Toujours plus loin

Par habitude, nous avons tendance à séparer la musique contemporaine du répertoire plus ancien, en oubliant que toute musique a été la contemporaine de son temps, et que la modernité fait maintenant partie du passé. Une autre distinction communément partagée à tort : la musique «expressive» - celle du passé -, et la musique technique et intellectuelle qui caractériserait les compositions d’aujourd’hui. La nouvelle saison de l’Ensemble Contrechamps vient revisiter, sinon infirmer ces catégorisations notamment avec la théorie des humeurs.

Se fondant sur les quatre tempéraments (mélancolique, bilieux, sanguin et flegmatique) et leurs combinaisons possibles, cette théorie a été déclinée et utilisée en médecine, en psychologie, au théâtre ou en musique, pour expliquer leurs phénomènes propres, comme pour croiser les domaines.

Oui, la musique contemporaine véhicule des sentiments puissants, exaltés et exaltants, quelquefois extrêmes. Après la Deuxième Guerre Mondiale, qui marqua l’acte de naissance de sa phase encore actuelle, il y avait sans doute de quoi élargir l’horizon des sentiments en mobilisant des affects pas nécessairement réconfortants. C’est donc un véritable théâtre de nos affects contemporains que la musique d’aujourd’hui déploie dans toute sa complexité et que l’Ensemble Contrechamps va décliner, dans sa saison de concerts dirigés autant que dans sa série de concerts de musique de chambre.

Il s’agira d’une théâtralité sous-entendue d’oeuvres fourmillant de représentations implicites ; théâtralité concrète mais procédant de modèles nouveaux, tels L’Histoire du soldat de Stravinsky ou Présence de Bernd Alois Zimmermann; théâtralité expérimentale du cinéma non encore soumis aux critères du marché du Cuirassé Potemkine de Sergei Eisenstein, rehaussé par la musique de Cornelius Schwehr.

Expression des extrêmes, reflet des contradictions et apories de son temps, la musique d’aujourd’hui mêle spécificités propres et connivences vis-à-vis de nombreux pans de la musique du passé. Les musiciens de l’Ensemble Contrechamps, autant formés à l’actualité musicale la plus brûlante qu’à la recherche d’authenticité, sont à même de proposer de telles passerelles, par exemple au sein de concerts exceptionnels mêlant instruments modernes et instruments originaux. En tant que compositeur, chercheur, enseignant en composition, interprète, facteur d’instruments, je suis persuadé que nous devons tisser et retisser sans cesse de nouveaux liens entre des domaines qui trop souvent restent éloignés les uns des autres et montrer ainsi la vivacité d’une musique - miroir de nos sentiments et de quelque chose de plus mystérieux encore: «la vie, l’unique secret» disait Rosa Luxemburg.

Brice Pauset
Directeur artistique

 

Cher public,

L’Ensemble Contrechamps poursuit son aventure musicale, de l’interprétation de la tradition aux nouvelles découvertes. Lors de cinq concerts, l’Ensemble donnera des oeuvres de la nouvelle École de Vienne, une musique qui reste aujourd’hui encore une des plus exigeantes aussi bien pour l’interprète que pour l’auditeur. Tout au long de la saison, nous serons préoccupés par l’exigence de cette musique: l’exigence de la comprendre ou de la rendre compréhensible, non par simplification, mais en la rendant évidente. Au cours de 2014-2015, nous ferons également la part belle aux jeunes compositeurs : D’haene, Yeznikian, Skrzypczak, Schmucki et bien d’autres. Parmi les points forts de la nouvelle saison, la musique de chambre de Klaus Huber, figure majeure de la musique du XXe siècle, qui fêtera cette année ses nonante ans.

Durant la saison écoulée, nous avons vécu ensemble de merveilleux moments. La façon dont les musiciens de l’Ensemble Contrechamps, au cours d’une même soirée, ont su déchaîner les tempêtes de Chronos-Aion de Ferneyhough, pour ensuite montrer une concentration et un calme absolus dans Quatre Chants pour franchir le seuil de Grisey, a constitué pour moi l’une des plus impressionnantes expériences de concert jamais vécues. Il en fut de même lors de ma collaboration avec Helmut Lachenmann pour …zwei gefühle, Musik mit Leonardo… Je me régale à chaque fois de l’énergie des musiciens de l’Ensemble de vouloir aller toujours plus loin, et de ne jamais se reposer sur l’acquis pourtant remarquable. Quelle équipe!

À bientôt à nos concerts

Michael Wendeberg
Directeur musical