Contrechamps
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Comité de Contrechamps

Jean-Marie Bergère (représentant du personnel administratif de Contrechamps), Président
Jean-Marc Daviet
Jean-Luc Dumas
Philipp Ganzoni
Peter Minten
Didier Schnorhk (représentant du Festival Archipel)
Thierry Debons (représentant des musiciens de Contrechamps)

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L'association

L’Association a pour but la promotion sous toutes ses formes de la musique contemporaine. Elle se fixe pour objectifs l’organisation et la production de concerts (notamment avec l’Ensemble Contrechamps) et de spectacles, de stages, de conférences, l’utilisation et la diffusion de publications et de tout support de communication (bulletins, livres, revues, enregistrements, disques, films, etc.), l’organisation d’expositions et de rencontres.

Un peu d'histoire

Au moment où Contrechamps fut créé, la vie musicale genevoise était extrêmement conservatrice, à quelques exceptions près. La condamnation sans appel qu’Ansermet avait lancée contre la musique atonale après la Seconde Guerre mondiale avait eu des conséquences désastreuses, privant le public genevois non seulement des œuvres significatives des années cinquante et soixante (celles de Messiaen, Boulez, Berio, Stockhausen, Carter, Ligeti, Huber et tant d’autres) mais aussi de certaines références essentielles de la première moitié du siècle (Mahler, Schönberg, Webern, Ives, Varèse…). Le répertoire «officiel» s’inscrivait dans une continuité historique falsifiée, lacunaire et brisée.

Notre idée première, suite aux journées Cinéma et Musique organisées avec succès en 1976 à l’instigation de la Fondation Simón I. Patiño, fut de replacer l’aventure musicale du XXe siècle dans un contexte plus général: nos premières manifestations mêlaient cinéma, théâtre, danse et musique. Il s’agissait non seulement de s’adresser à un public qui ne se limiterait pas au cercle des spécialistes, mais aussi d’échapper aux phénomènes les plus superficiels d’une activité «d’avant-garde» (la nouveauté pour elle-même, les modes passagères…) et de défendre au contraire certaines valeurs artistiques ayant des fondements existentiels. Pour créer Contrechamps, Robert Piencikovski se joignit au duo qu’avaient formé pour les journées Cinéma et Musique Jean-François Rohrbasser et Philippe Albèra.

C’est ainsi que notre première saison confronta des démarches cinématographiques et musicales indépendantes, et proposa plusieurs manifestations sur le thème de l’expressionnisme. Le spectateur était convié à tisser des correspondances au cours de soirées où la projection des films alternait avec l’exécution des œuvres musicales. L’année suivante, nous présentions quelques «performers» américains dont les noms allaient devenir célèbres (Phil Glass, Lucinda Child, Laurie Anderson…), en collaboration avec le Centre d’Art Contemporain, qui animait à cette époque la galerie de la Salle Patiño.
Concerts et performances étaient souvent centrés sur une personnalité: Berg, Nono, Kagel, Ferrari, Joan La Barbara, Dana Reitz, Min Tanaka… Une collaboration s’instaura avec le Conservatoire Populaire de Musique qui, grâce à la direction éclairée de Roland Vuataz, ouvrit son enseignement à la musique de notre temps. C’est ainsi que toute une génération de musiciens se développa dans un esprit d’aventure, loin de tout académisme stérile. La relation entre les professeurs et les élèves tenait plus de l’atelier que du Conservatoire traditionnel, et le passage entre salles de cours et salle de concert était naturel. La rencontre des compositeurs et des interprètes, avec qui se nouaient des liens d’amitié, était notre meilleure récompense. C’est encore à l’intérieur du Conservatoire Populaire que germa l’idée d’un ensemble voué à la musique du XXe siècle et composé de musiciens genevois. Le premier concert de l’Ensemble Contrechamps eut lieu à la fin de 1980, non sans susciter quelques polémiques et quelques tensions.

C’est toujours dans le contexte du Conservatoire Populaire que se forma le projet d’une revue musicale consacrée à l’édition de textes essentiels pouvant offrir une information et une documentation sérieuses sur la musique du XXe siècle. Le premier numéro, qui parut en septembre 1983, fut consacré à Luciano Berio, sur qui il n’existait alors aucune documentation en français. Au rythme de deux numéros par an, édités et diffusés par L’Âge d’Homme, la revue Contrechamps eut rapidement une excellente réputation et conquit une audience internationale, publiant des textes de compositeurs et des études de musicologues jusque-là inaccessibles.
Nos saisons s’étoffèrent et se diversifièrent. Certains programmes furent liés à des numéros de la revue Contrechamps. L’Ensemble Contrechamps constitua progressivement la base même de notre programmation, ce qui n’empêchait pas d’inviter des musiciens prestigieux comme ceux du Quatuor Arditti, du Quatuor LaSalle, ou d’Electric Phoenix, Rosemary Hardy, Cathy Berberian, et Claude Helffer.

L’Ensemble Contrechamps a alors développé ses activités à l’étranger. Deux concerts triomphaux pour l’inauguration d’un nouveau Festival de Musique Contemporaine en Colombie en 1989, suivis de stages et de rencontres, puis une tournée de dix concerts au Japon, marquèrent le début d’une activité de plus en plus intense sur le plan international. Aux nombreuses collaborations locales – de l’AMR au Grand Théâtre, d’Am Stram Gram à l’Orchestre de la Suisse Romande – s’ajoutèrent dès lors des collaborations régulières avec l’étranger, et en particulier avec le Festival d’Automne à Paris et les journées Voix Nouvelles de Royaumont. L’Ensemble put défendre son répertoire, et notamment les œuvres de compositeurs suisses, acquérant une réputation internationale et la considération des compositeurs dont il assurait la création d’œuvres nouvelles.

 

C’est également au début des années quatre-vingt-dix que la revue Contrechamps, qui avait publié dix-sept ouvrages jusque-là, se transforma en une maison d’édition indépendante. De nombreux enregistrements discographiques virent le jour. Enfin, après un documentaire sur Berio réalisé en 1983-1984, deux films long métrage furent produits: l’un sur le quatuor à cordes Fragmente-Stille, an Diotima de Luigi Nono (il reçut de nombreux prix internationaux); l’autre sur le Concerto pour violon, hommage à Louis Soutter de Heinz Holliger. Tous sont dus à la réalisatrice Edna Politi, qui a cherché avec obstination un langage cinématographique capable de faire entendre la musique et de faire émerger les significations multiples qui y sont encloses.

C’est enfin à l’intérieur de Contrechamps que se développa le Festival Archipel à partir de 1992; il permit de regrouper différentes institutions et associations, scellant notamment les relations privilégiées que Contrechamps entretenait déjà avec le Centre International de Percussion et L’Orchestre de Chambre de Genève.

L’un des événements marquants des dernières années fut, au tournant du millénaire, l’organisation d’une vaste série de vingt concerts sur deux ans (1999-2001) intitulée «Musique d’un siècle», qui suscita un intérêt public remarquable: il s’agissait de retracer le parcours d’un siècle en train de s’achever à partir d’une série de concerts thématiques.

Durant toutes ces années, le paysage musical genevois s’est considérablement modifié, et il n’est pas interdit de penser que Contrechamps y a joué un rôle important: la musique dite «contemporaine» est sortie du ghetto où elle se trouvait enfermée. Les plus grands compositeurs sont venus dans la modeste enceinte de la Salle Patiño, à la rencontre des étudiants, des musiciens et du public, faisant du lieu de concert un lieu vivant d’échange. J’aimerais citer leurs noms, car ils ont écrit l’histoire de la musique de la seconde moitié du siècle: Luciano Berio, György Kurtág, Luigi Nono, Brian Ferneyhough, Emmanuel Nunes, Pierre Boulez, Henri Pousseur, Isang Yun, Klaus Huber, Edison Denisov, Niccolò Castiglioni, Heinz Holliger, Philip Glass, Sylvano Bussotti, Franco Donatoni, Jonathan Harvey, George Benjamin, Georges Aperghis, Mauricio Kagel, Michael Jarrell, Elliott Carter, John Cage, Francesco Guerrero, Beat Furrer, Luca Francesconi, Philippe Manoury, Stefano Gervasoni, Toshio Hosokawa, György Ligeti, Roland Moser, Jean-Claude Éloy…

Si le fondement de notre travail tient dans la liaison entre l’émotion que procure la découverte des œuvres au concert et la réflexion, la connaissance qui s’y rattachent, elle tient aussi au fait que nous n’avons jamais dissocié les enjeux esthétiques des enjeux éthiques. Contrechamps ne constitue pas seulement une aventure artistique, mais aussi une aventure humaine. Que les compositeurs et les interprètes, les organisateurs et les publics en soient ici remerciés. C’est aussi pourquoi nous ne pouvons terminer sans rappeler le souvenir des compositeurs qui nous ont quittés ces dernières années, et dont nous gardons un souvenir ému: Luigi Nono, John Cage, Isang Yun, Toru Takemitsu, Niccolò Castiglioni, Edison Denisov, Franco Donatoni, Luciano Berio, György Ligeti. Leur disparition nous fait prendre conscience, avec une acuité plus grande encore, de l’héritage qu’ils nous ont confié: celui de la liberté créatrice.

Philippe Albèra

Contrechamps est une association à but non lucratif, administrée par un comité composé de cinq à sept membres élus par l’assemblée générale, comprenant un président, un représentant des musiciens et un représentant du personnel administratif (tous deux élus par leurs pairs).

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